vendredi 19 mars 2010
Jean d'Ormesson, Simone Veil et Robert Faurisson.
Voici un extrait de :
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-03-18/academie-francaise-le-discours-de-reception-de-jean-d-ormesson/920/0/435090
ACADÉMIE FRANÇAISE - Le discours de réception de Jean d'Ormesson pour Simone Veil
C'est lui qui, déjà, accueillit Marguerite Yourcenar lorsqu'elle entra pour la première fois à l'Académie le 22 janvier 1981. Deux décennies plus tard, fidèle aux traditions inscrites jusque dans les piliers de l'Académie française depuis 1635, Jean d'Ormesson accueille jeudi Simone Veil dans le sérail des "Immortels". Choisi parmi les académiciens, lui qui a été l'un de ses plus fervents soutiens au moment de son élection , l'homme de lettres commence son hommage à l'ancienne ministre par quelques vers de Racine, lancés sous la coupole de l'institution. Avant de poursuivre : "De toutes les figures de notre époque, vous êtes l'une de celles que préfèrent les Français."
Voici quelques extraits de son discours :
Sur la déportation :
" En m'adressant à vous, Madame, en cette circonstance un peu solennelle, je pense avec émotion à tous ceux et à toutes celles qui ont connu l'horreur des camps de concentration et d'extermination. Leur souvenir à tous entre ici avec vous. Beaucoup ont péri comme votre père et votre mère. Ceux qui ont survécu ont éprouvé des souffrances que je me sens à peine le droit d'évoquer.
La déportation n'est pas seulement une épreuve physique ; c'est la plus cruelle des épreuves morales. Revivre après être passée par le royaume de l'abjection est presque au-dessus des forces humaines. Vous qui aimiez tant une vie qui aurait dû tout vous donner, vous n'osez plus être heureuse. Pendant plusieurs semaines, vous êtes incapable de coucher dans un lit. Vous dormez par terre. Les relations avec les autres vous sont difficiles. Être touchée et même regardée vous est insupportable. Dès qu'il y a plus de deux ou trois personnes, vous vous cachez derrière les rideaux, dans les embrasures des fenêtres. Au cours d'un dîner, un homme plutôt distingué vous demande si c'est votre numéro de vestiaire que vous avez tatoué sur votre bras.
À plusieurs reprises, dans des bouches modestes ou dans des bouches augustes, j'ai entendu parler de votre caractère. C'était toujours dit avec respect, avec affection, mais avec une certaine conviction : il paraît, ma chère Simone, que vous avez un caractère difficile. Difficile ! Je pense bien. On ne sort pas de la Shoah avec le sourire aux lèvres. Avec votre teint de lys, vos longs cheveux, vos yeux verts qui viraient déjà parfois au noir, vous étiez une jeune fille, non seulement très belle, mais très douce et peut-être plutôt rêveuse. Une armée de bourreaux, les crimes du national-socialisme et deux mille cinq cents survivants sur soixante seize mille juifs français déportés vous ont contrainte à vous durcir pour essayer de sauver votre mère et votre soeur, pour ne pas périr vous-même.
Permettez-moi de vous le dire avec simplicité : pour quelqu'un qui a traversé vivante le feu de l'enfer et qui a été bien obligée de perdre beaucoup de ses illusions, vous me paraissez très peu cynique, très tendre et même enjouée et très gaie. "
Remarque personnelle (Paul-Éric Blanrue) : Peu de gens savent que Jean d’Ormesson a compté parmi les admirateurs de Robert Faurisson avant que ce dernier, à partir de juillet 1974, ne défraie la chronique par son révisionnisme historique. En 1972, dans le cadre de son révisionnisme littéraire, le professeur Faurisson avait publié un A-t-on lu Lautréamont ? (Gallimard, collection "Les Essais"). L’ouvrage avait intéressé et agité nos intellectuels. Parmi ceux-ci figurait alors Jean d’Ormesson, qui, dans un article du Point intitulé “Le détrônement d’Ubu-Dieu” (25 décembre 1972, p. 60), saluait une entreprise “courageuse” et “iconoclaste” ; il allait jusqu’à écrire : “Il n’est pas encore sans danger de toucher aux idoles” [...]. “M. Faurisson ne va pas tarder à l’apprendre.“ Un petit commentaire à chaud, M. d'Ormesson ?
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