lundi 16 novembre 2009


Interview parue dans "Le courrier d'Algérie" (17 novembre 2009).

Interview de Paul-Éric Blanrue au quotidien LE COURRIER D’ALGÉRIE :
                  
«Sarkozy s’est appuyé sur les réseaux sionistes pour arriver au pouvoir»

 http://www.lecourrier-dalgerie.com/papiers/lacapitale.html

C’est en 1967, par la voix du président Charles De Gaulle, que la France prit pour la première fois ses distances avec Israël. Sous le régime précédent, ce pays avait bénéficié de grands privilèges, puisque c’est grâce à la IVe République que l’État juif avait acquis la bombe atomique. Les présidents français qui succédèrent au général s’efforcèrent, à son image, de maintenir l’équilibre entre les parties en présence, palestiniennes comme israéliennes. Mais tout changea soudain en 2007, avec l’élection à la présidence de la République de Nicolas Sarkozy. Celui-ci avait longtemps été à la tête d’un parti qualifié de « gaulliste ». Mais, sur la question d’Israël, il tourna résolument le dos à la position défendue par le général. Prônant désormais la défense quasi inconditionnelle d’Israël, Sarkozy met aujourd’hui en oeuvre une politique qui est l’image inversée de celle du fondateur de la Ve République. Pour lui, toute critique d’Israël serait un signe d’antisémitisme.
Historien spécialisé dans les mystifications, Paul Éric Blanrue refuse de verrouiller sa pensée .
L’objectif de son livre est de participer à la prise de conscience du danger que représente la nouvelle politique étrangère française.
Il dévoile pourquoi le président français s’est engagé dans une voie qui va contre les intérêts de son pays et risque d’entraîner bientôt la France dans des conflits majeurs, au Liban, en Iran ou ailleurs.
L’auteur décrit un par un les réseaux pro-israéliens qui servent cette stratégie, démontre leur puissance, signale leur aveuglement et fournit les noms des principales personnalités qui en font partie.
Il récuse l’assimilation faite systématiquement entre judaïsme et sionisme.
Il appelle les juifs de France à se défaire d’urgence de leurs porte-voix officiels, qui ne représentent tout au plus qu’un sixième d’entre eux, et les encourage à se rebeller contre une politique qui, à terme, se révélera désastreuse pour eux comme pour tous les Français.
Paul Eric Blanrue (*) explique quelques volets de son ouvrage aux lecteurs du Courrier d’Algérie…

Le Courrier d’Algérie : Je vais aborder cet entretien par des propos, les vôtres en l’occurrence, c’était lors d’un entretien accordé à Thierry Meyssan pour le réseau Voltaire, vous disiez : « La France est-elle tombée si bas qu’on n’ose plus y diffuser un ouvrage qui sera disponible sans problème dans plusieurs pays étrangers, et qui est en voie d’être traduit dans trois langues ?».
Pouvez-vous nous dire toutes les difficultés auxquelles vous avez dû faire face pour mettre votre livre en circulation ?

Paul Éric Blanrue : J’ai d’abord dû faire face à une extrême timidité des éditeurs français, ce qui est bien sûr un euphémisme.
Tous ceux que j’ai contactés, m’ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas m’éditer ce livre, alors que je n’ai jamais eu le moindre problème pour sortir ma dizaine d’autres ouvrages, au contraire.
Cette fois, ils ont employé toute la gamme des alibis possibles.
Ils m’ont tous dit, évidemment, que j’étais très courageux, mais qu’ils étaient désolés de n’avoir pas un agenda leur permettant d’inclure ce livre dans leur catalogue.
Certains m’ont même déclaré qu’ils étaient «complets» jusqu’en 2012 ! Un seul m’a dit la vérité, Franck Spengler, des Éditions Blanche, qui m’avait déjà édité, en me disant que s’il m’éditait cet ouvrage, il aurait de gros soucis pour le vendre.
Du coup, je me suis «exporté» en Belgique, où j’avais déjà sorti un livre, dans les années 90.
Mais une fois édité, j’ai eu affaire au diffuseur français, qui a refusé de faire distribuer mon livre dans les librairies de mon pays, alors que le livre n’était ni poursuivi ni interdit.
Nous avons mis près de 6 mois avant de commencer à être, tout doucement, diffusé dans certaines librairies.
J’ai aussi été confronté au silence abyssal de la presse française et de tous les grands médias qui, l’année dernière, m’invitaient encore régulièrement pour parler de mes livres.
C’est une véritable «censure par le vide», selon l’expression de mon avocat, Maître John Bastardi Daumont.
Pour finir, j’ai été bassement attaqué et calomnié sur internet par des groupuscules sionistes se déguisant sous des sigles gauchistes, qui sont allés jusqu’à me reprocher d’assister au procès de l’humoriste Dieudonné, dont je parle dans mon livre.
Mais je ne me plains pas : «le premier qui dit la vérité doit être exécuté», comme dit le poète.
Par ailleurs, j’en suis déjà à ma troisième édition et nous battons les records de vente par correspondance.
Nous avons donc gagné notre pari.
Et je prépare déjà la suite !

Le Courrier d’Algérie : Vous dites dans l’une de vos interviews avoir écrit ce livre en février 2009, après le massacre de Ghaza par l’armée israélienne, rajoutant que Sarkozy a envoyé sur place la frégate Germinal afin d’empêcher que la résistance palestinienne ne puisse riposter .
Toutefois en introduction du chapitre 2 vous écrivez: "Nicolas Sarkozy juif, la rumeur a couru et encore dans le pays."
Quelle importance ?
"JUIF donc ami d’Israël, dangereuse déduction ... "Où est l’allégation et la part de vérité ?

Paul Éric Blanrue : Il y a une différence entre le fait d’être juif et le fait d’être sioniste.
Le judaïsme est une religion millénaire, le sionisme est une idéologie laïque datant d’un siècle.
Par ailleurs, je souligne que la plupart des sionistes dans le monde ne sont pas juifs, puisque les évangéliques des États- Unis, qui sont sionistes pour la plupart, sont au nombre de 40 millions, tandis que les juifs ne sont que 14 millions, et encore sont-ils loin d’être tous sionistes.
Les réseaux sionistes aimeraient faire coïncider judaïsme et sionisme, ce qui leur permet de prétendre que les antisionistes sont tous des antisémites, en éliminant ainsi tout débat sur Israël.
Ceux qui font cet amalgame se trompent et tombent dans le piège qui leur est tendu.
En l’occurrence, je montre dans mon livre que 1° Nicolas Sarkozy n’est pas juif, 2° qu’il n’est pas sioniste sous prétexte que son grand-père était juif, comme on l’a entendu, mais au contraire parce qu’il a réfléchi à une stratégie d’accession au pouvoir.
Je prouve, par plus de 600 références, qu’il s’est appuyé sur les réseaux sionistes américains, puis français, pour arriver à la présidence en 2007.
Il a servi leur idéologie dans la mesure où elle le servait.
Hélas, il a en même temps entraîné la France dans une impasse en la mettant à la remorque d’Israël.
Nous sommes en train de perdre notre indépendance nationale à cause de son alliance avec des lobbies qui servent d’autres intérêts que ceux de mon pays.

Le Courrier d’Algérie : Vous expliquez dans votre livre que Nicolas Sarkozy a utilisé les réseaux sionistes pour réaliser ses ambitions politiques et s’est assuré une immunité en s’associant avec le lobby pro-israélien américain et ses relais français.
Résultat : aujourd’hui, Sarkozy va encore plus loin qu’Obama dans la critique d’Ahmadinedjad.
Mais en quoi la France est-elle gagnante dans cette politique ?

Paul Éric Blanrue : La France est perdante à 100%.
Seulement Sarkozy s’est allié avec les sionistes, qui l’ont fait roi en utilisant leurs appuis et, aussi, en lui évitant d’être attaqué sur le terrain de l’antisémitisme, sujet très sensible en France.
Sarkozy a pu ainsi utiliser tout le répertoire électoral de Le Pen tout en étant disculpé par avance de toute accusation de révisionnisme, de fascisme ou d’autre péché.
Il a donc récupéré les voix nationalistes sans être traîné dans la boue.
Il a été élu par toute une fraction de la population qui votait Le Pen jusque là et a, ainsi, contribué à l’affaissement du Front national.
Mais pour que ça dure, il doit continuer de donner des gages aux sionistes.
S’ils le laissent tomber demain, c’est fini pour lui.
Cette collusion est la pierre angulaire de sa stratégie.

Le Courrier d’Algérie : Quels sont les objectifs que vous souhaitiez atteindre à travers votre livre?

Paul Éric Blanrue : Je souhaite que surgisse un grand débat national en France sur notre diplomatie et les risques que nous encourrons à soutenir inconditionnellement l’État juif, qui est en état de guerre permanent.
La France a un rôle traditionnel à jouer au Proche-Orient, celui que lui a fait tenir le général De Gaulle, Roland Dumas, Hubert Védrine ou encore Dominique De Villepin : être en faveur de la paix et de l’équilibre.
Or, voyez la question iranienne : sur ce sujet, Sarkozy est totalement aligné sur Tel Aviv, plus encore qu’Obama ! C’est dangereux pour la France comme pour le reste du monde.

Le Courrier d’Algérie : J’allais vous demander à qui s’adresse votre livre, mais réflexion faite laissez-moi vous interroger autrement : pensez-vous que votre livre puisse s’adresser aux Français, classe politique comprise ?

Paul Éric Blanrue : Bien sûr.
Je ne pense pas que cette situation va durer.
Les sondages démontrent que mes concitoyens sont de plus en plus sceptiques sur la politique de Sarkozy.
Il ne cesse de perdre des points.
Quand on entend les Français dans la rue et quand on voit ce que disent nos médias, on s’aperçoit de la marge qui existe entre les dirigeants, c’est-à-dire les élites, et le reste de la population.
Je m’adresse à tous ces gens qui se posent des questions et qui sentent bien qu’on ne leur dit pas la vérité.
Il y aura bien, un jour ou l’autre, traduction de ce scepticisme dans les urnes.

(*)Historien et titulaire d’un DEA en Histoire, Paul Éric BLANRUE a fondé en 1993 le Cercle zététique, association promouvant l’esprit critique et se proposant d’enquêter avec méthode sur tous les sujets relevant de l’extraordinaire, tant en science qu’en histoire. Collaborateur régulier de la revue Historia, il a récemment écrit « Carla et Nicolas, chronique d’une Liaison dangereuse » (avec Chris Lafaille, 2008). Dans son livre “Sarkozy, Israël et les Juifs”, Paul Éric Blanrue établit une synthèse des rapports entre Nicolas Sarkozy et Israël. Les éditeurs habituels des ouvrages de Blanrue, ainsi que le diffuseur en France de l’éditeur belge Marco Pietteur, n’ont pas voulu de cet ouvrage, qui a donc été diffusé en France, pendant quelques mois, autrement que par correspondance.

Article paru dans le n° de novembre du mensuel égyptien "Weghat Nazar".

(Traduction française) 

LA FRANCE SIONISTE

Jusqu’à l’élection présidentielle de 2007, les réseaux pro-israéliens se sont heurtés, en France, à un gros problème : nous vivions jusqu’alors sous un régime « gaullien ». En 1967, on s’en souvient, le général de Gaulle avait manifesté, avec fermeté, sa désapprobation vis-à-vis de la guerre des Six jours et des annexions israéliennes ; ses successeurs avaient suivi peu ou prou sa ligne de conduite. Avant l’élection de Sarkozy, la résistance du pouvoir face aux revendications des réseaux sionistes, était une réalité, ressentie comme telle par Israël et ses partisans, à telle enseigne que la politique française était désignée avec mépris comme « pro-arabe ». Les sionistes appelèrent ainsi à voter contre Valéry Giscard d’Estaing en 1981. Sous François Mitterrand, Roland Dumas ou Hubert Védrine étaient de fervents partisans d’une position équilibrée au Proche et au Moyen-Orient. Jacques Chirac était quant à lui surnommé « Chirac l’Arabe » par ses contempteurs ; rappelons-nous de la bousculade survenue à Jérusalem où il était en visite en 1996, et lors de laquelle il avait menacé la sécurité israélienne de prendre l’avion pour retourner à Paris si elle ne se « calmait pas ». Notre politique était telle qu’en 2003 le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, refusa de rencontrer Dominique de Villepin, chef de la diplomatie française, parce que celui-ci avait fait savoir qu’il comptait rendre visite à Yasser Arafat, à Ramallah. Or, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, cette résistance a été surmontée par les partisans d’Irsaël, qui détiennent désormais tous les leviers de commande.
Comment en est-on arrivé là ? Parce que Sarkozy s’est mis au service de ces réseaux et les a utilisés en retour pour réaliser ses ambitions politiques. De manière démagogique, il a repris les thèmes du président du Front national, Jean-Marie Le Pen, pour être élu à la présidence en 2007 et s’est assuré une immunité totale en s’associant avec le lobby pro-israélien américain et ses relais français, qui l’ont préservé de toute attaque médiatique d’envergure.
L’histoire de cette alliance a commencé quelques années auparavant. Dès la seconde Intifida, en 2000, Sarkozy s’est rendu compte de la puissance acquise par le lobby pro-israélien aux Etats-Unis ; il a cherché à s’en faire adouber, important en France les pratiques d’outre-Atlantique, où chaque candidat à la présidence doit passer sous les fourches caudines de l’AIPAC. En août 2004, l’hebdomadaire juif américain Forward publiait un article mesurant l’influence croissante du lobby sioniste sur le territoire français ; parmi les noms cités figurait en bonne place celui de Nicolas Sarkozy.
En décembre de la même année, en visite en Israël, Sarkozy, ayant le président Chirac dans le collimateur, déclarait à ses hôtes : « Je sais que vous avez eu le sentiment qu’en France on restait trop insensible à votre souffrance et qu’à tout le moins vous n’aviez pas ressenti notre compassion ». Le journal Libération commentait sa sortie par ses mots : « Le message de Nicolas Sarkozy était simple : s’il est élu à l’Elysée, ce sera la fin du dogme gaulliste de ‘la politique arabe de la France’ ».
En 2006, à Washington, dans un autre discours public, Sarkozy s’en prit de nouveau à la politique étrangère de Chirac. Israël Singer, du Congrès juif mondial, souligna que « les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l’antisémitisme, la lutte contre l’islamisme et les positions en faveur d’Israël qu’il a rappelées au président George W. Bush, le terrorisme palestinien et du Hezbollah, ou sur l’Iran, sont telles qu’elles pourraient avoir été faites par un leader d’une d’organisation juive » (il aurait été exact de dire : leader d’une organisation sioniste).
Dans sa quête du pouvoir, Sarkozy a également misé sur la « peur des banlieues » françaises, où résident un grand nombre d’immigrés d’origine maghrébine. Alors qu’il était ministre de l’Intérieur, il n’a pas hésité à inviter des policiers israéliens pour qu’ils expliquent à leurs collègues français comment mater les troubles dans les banlieues, comme si celles-ci étaient des « territoires occupés ». Lors de la campagne électorale, il a employé le vocabulaire et l’idéologie des représentants sionistes, pour lesquels « pro-israélien» et « juif » forment un seul et même concept, ce qui leur permet d’éviter tout débat de fond. C’était une manière de galvaniser l’électorat juif, qui est en France le troisième du monde, ce qui a fait dire à l’UMP Christian Estrosi, que Sarkozy était « le candidat naturel des juifs » (bien qu’il eût été plus juste de dire « candidat naturel des sionistes »).
Le formidable virage que Sarkozy, devenu président, a fait prendre à la France, a été salué comme tel par les plus éminents représentants du lobby pro-israélien et par Israël. Il a été commenté par Ehud Olmert en ces termes : « L’arrivée au pouvoir “ d’un ami évident ” est considérée comme “ un bienfait ” en Israël ».
En novembre 2007, à peine élu, Sarkozy s’est rendu aux États-Unis, en compagnie du président du Conseil représentatif de la communauté juive de France (CRIF), Richard Prasquier et de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner pour recevoir de l’American Jewish Committee (AJC), l’un des principaux lobbies sionistes américains, le Light Unto the Nations Award (Lumière Parmi les Nations), récompense prestigieuse réservée aux partenaires les plus méritants. Le trophée portait l’inscription suivante : « En admiration de votre inlassable promotion des valeurs démocratiques, des droits de l’homme, et de la paix, et en reconnaissance de votre amitié dévouée avec les États-Unis, Israël et le peuple juif ». À cette occasion, Richard Sideman, président national de l’AJC, a salué l’« incomparable vigueur et les principes rares » du président Sarkozy, en évoquant les défis communs et les menaces qui pèsent sur les « démocraties-soeurs » que sont les États-Unis, la France et Israël.
En 2008, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, un président de la République acceptait d’être le président d’honneur du dîner annuel du CRIF, qui est devenu depuis quelques années un moment obligé de la politique française. Le message était clair.
Avec le temps, Sarkozy n’a fait que confirmer les espoirs que les pro-israéliens avaient placés en sa personne. La composition du gouvernement français s’explique par cette grille de lecture : pour y entrer, il importe de partager les vues intimes du président sur Israël. Si Bernard Kouchner a été débauché du Parti socialiste, par exemple, c’est parce qu’il a été jugé plus « israélo-compatible » qu’Hubert Védrine. Le cas récent de Valérie Hoffenberg, nommée représentante spéciale de la France « pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient », alors qu’elle est également directrice pour la France de l'American Jewish Committee, est éclairant. Hoffenberg peut ainsi déclarer : « Sarkozy s’est aperçu que la politique déséquilibrée pro-arabe de ses prédécesseurs et du Quai d’Orsay avait fait perdre toute influence de la France dans cette région » - ce qui est faux, mais révélateur.
Aymeric Chauprade, professeur de géopolitique au Collège interarmées de Défense, victime de la chasse aux sorcières sarkozyste, peut ainsi déclarer que « la France est en train de vivre une épuration douce et sourde de tous ceux dont la pensée va à l'encontre des intérêts d'Israël et des États-Unis. Cela peut paraître difficile à croire, mais c'est pourtant la vérité. Qu'il s'agisse de gens de gauche ou de la droite conservatrice, tous ceux qui « tombent » ont un point commun : leurs analyses ne vont pas dans le sens des intérêts américains et israéliens. »
La mise en chantier de l’Union méditerranéenne témoigne également de la volonté de Sarkozy de faire entrer Israël, considéré par lui comme un pays démocratique « comme les autres », dans l’Union européenne ; il s’agit là d’un processus dont les Français ne sont pas tenus informés.
Pour le moment, le pic de la collaboration franco-israélienne a été atteint en janvier 2009, avec l’envoi de la frégate Germinal au large de Gaza pour briser la résistance palestinienne, qui, pendant ce temps, se faisait massacrer au phosphore, ainsi que des centaines d’enfants innocents. C’est l’illustration parfaite, et par l’horreur, de la rupture qui s’est produite au sein de la diplomatie française depuis 2007.
On constate enfn que la position de la France vis-à-vis de l’Iran s’est radicalisée. Lorsque Bernard Kouchner, en septembre 2007, déclare qu’il faut se préparer « au pire » contre l’Iran, et que « le pire c’est la guerre », il démontre qu’un dangereux virage vient d’être pris, directement inspiré des principes de Sarkozy, qui, lors de son voyage aux États-Unis en septembre 2006, avait déclaré que, vis-à-vis de l’Iran, « toutes les options sont ouvertes ». A contrario, l’anciden Premier ministre Dominique de Villepin, a déclaré au sujet de cette phrase lourde de conséquences : « Il ne s’agit pas aujourd’hui de préparer la guerre. Il faut au contraire se battre pour la paix. La guerre, ce n’est pas une option parmi d’autres, c’est un ultime recours et nous avons vu en Irak à quel point cela s’accompagne d’injustices, de souffrances et de grands malheurs. » Entre les deux hommes (et les deux politiques), on remarque une réelle différence d’appréciation : l’un puise son inspiration dans des principes gaulliens, l’autre dans l’idéologie sioniste, qui tend à défendre Israël avant toute autre considération.
L’ouverture en mai 2009, par Sarkozy, de la base interarmes à Abou-Dhabi, dans les Émirats arabes unis, n’est donc pas le fruit du hasard. Il s’agit de la première base militaire française dans le Golfe. « La France montre ainsi qu'elle est prête à prendre toutes ses responsabilités pour garantir la stabilité dans cette région essentielle pour l'équilibre du monde », a déclaré le président. Il se trouve aussi que, géographiquement, les Émirats arabes unis font face à l’Iran. Nul n’est besoin de rappeler la façon dont s’est comporté Nicolas Sarkozy lors de l’élection du président iranien. Malgré des réserves de circonstances, il s’est aligné sur la vision israélienne de la géopolitique mondiale.
Désormais, en France, nous avons un président qui se proclame « partisan inconditionnel de la sécurité d’Israël ». Sarkozy est devenu, avec une guerre de retard, un « Bush à la française », comme l’a dit l’hebdomadaire Marianne. En quoi la France est-elle gagnante dans cette politique ? Où est passée notre indépendance nationale, notre souveraineté ? La politique de Sarkozy est une fracture dans l’histoire de la France contemporaine et conduit notre pays dans le mur en l’associant à la politique irrationnelle de l’État juif qui a besoin de guerres pour assurer sa cohésion interne et qui tente de résister à sa décadence en s’auto-illusionnant sur sa force.
En liant notre destin à celui d’Irsaël, Sarkozy nous soumet à des intérêts qui sont différents de ceux de la France ; il tend également à sacrifier la morale, la justice, le droit international et l’équilibre du monde à la « défense inconditionnelle de la sécurité » d’une chimère en déclin. La politique étrangère de Nicolas Sarkozy risque d’entraîner la France dans des conflits graves. La nouvelle doctrine de la France est celle du « choc des civilisations », avec cette variante, non évoquée par Huntington, qu’on y considère désormais, à l’instar du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, qu’Israël est un « avant-poste de la civilisation contre la barbarie ».
Face à cette situation, je réclame un débat national sur la nouvelle politique étrangère de mon pays. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit Sarkozy, Israël et les juifs - qui a été reçu, à de rares exceptions près, par un « éloquent silence », comme le dit mon avocat, Maître John Bastardi Daumont.
Cet ouvrage comporte environ 600 notes de bas de page pour 207 pages de texte. Dans le paysage littéraire français, c’est une sorte d’exception. À chaque étape de mon développement, j’ai étayé de preuves toutes mes affirmations, chacune de mes conclusions ; à dessein, j’ai tenu à ce que la plupart de mes références renvoient à des articles provenant de la grande presse nationale et internationale, y compris pro-israélienne. Mais je me suis vite rendu compte de l’extrême tiédeur des éditeurs français. Ayant lu mon manuscrit, Franck Spengler, des éditions Blanche (qui m’avait pourtant déjà édité), m’a écrit : « Pour le publier, c’est hélas non, car outre les risques (mesurés malgré tout) de sortir ce livre, on n’aura pas une ligne de presse et encore moins de média télé ou radio, justement du fait de la mainmise de ceux dont on ne peut pas dire le nom et leurs affidés. Et ce ne sont pas quelques remous sur internet qui feront vendre le livre en librairie. Livre pas interdit, sûr, mais livre passé sous silence… » Il avait raison, à ceci près que nous en sommes déjà à la seconde éditon, grâce au travail fantastique d’un groupe d’internautes qui me soutient sans relâche et à la ténacité de Maître Bastardi Daumont et de mon intrépide éditeur, Marco Pietteur.
La réponse de Spengler est révélatrice d’un climat. Pour ne pas m’éditer, toutes les raisons ont été invoquées, y compris l’excuse d’un agenda surchargé jusqu’en 2012. Du coup, pour que mon livre sorte dans les temps, j’ai dû m’expatrier éditorialement et aller trouver preneur en Belgique. Mais l’aventure de ce livre ne faisait que commencer, car le diffuseur (français) de mon éditeur a refusé de le mettre en vente en France, ce qui constitue un précédent dans l’histoire récente de la librairie française. Le problème est peut-être en train de se régler ; j’espère qu’au moment où ses lignes paraîtront je serai dans les rayons, comme mes précédents livres l’ont été. Il n’empêche qu’il nous aura fallu attendre six mois pour être diffusés (alors que je ne suis ni interdit légalement, ni même poursuivi), ce qui est une véritable aberration dans un pays se réclamant de la liberté d’expression et des droits de l’homme.
En France, il est patent que tout débat sur les relations avec Israël est devenu tabou. On assimile systématiquement toute critique de la politique israélienne avec l’antisémitisme, alors que le judaïsme est une religion millénaire, tandis que le sionisme est une idéologie datant d’il y a un siècle et qui a même été, un temps, considérée par les Nations-Unies comme « une forme de racisme et de discrimination raciale ». Nous assistons à un odieux chantage moral. Le sionisme est arrivé au pouvoir, d’où il se permet de définir le bien et le mal. Pour avoir critiqué Ariel Sharon, le philosophe d’origine juive Edgar Morin s’est retrouvé au tribunal. Des journalistes comme Alain Ménargues ou Daniel Mermet, des caricaturistes comme Siné, des humoristes comme Dieudonné, le sous-préfet Guigue, sont bannis ou tracassés parce qu’ils se permettent de douter qu’Israël soit la plus grande démocratie du monde. Pendant ce temps, le « philosophe » Bernard-Henri Lévy défend Tsahal dans les médias et son collègue Alain Finkielkraut, qui est resté muet durant l’opération Plomb durci, est promu officier de la légion d’honneur, en janvier 2009.
Nous marchons sur la tête. C’est la raison pour laquelle, j’appelle la communauté juive française à se défaire au plus vite de ses représentants (lesquels ne représentent en réalité qu’un sixième d’entre eux), qui lui font du tort en confondant défense du sionisme et judaïsme. C’est aussi pourquoi j’invite tous les Français à libérer leur parole. Non seulement pour dire sans crainte ce qu’ils pensent d’Israël, mais aussi pour qu’ils osent enfin dénoncer l’influence néfaste du lobby pro-israélien en France. ll est louable de vouloir aider les Palestiniens, mais il importe de commencer par nous libérer nous-mêmes d’une idéologie dévastatrice qui vit ses derniers jours.

Paul-Éric Blanrue

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Cette revue égyptienne mensuelle, éditée par la plus grande maison d'édition arabe et égyptienne, à savoir "Dar Al Shourouq", traite de sujets politiques et intellectuels. Y figurent des articles signés par les plumes les plus illustres du monde entier, comme Mohamed Hassanein Heykal, Robert Fisk, Francis Fukuyama, Noam Chomsky, Joseph Massaad et autres. Weghat Nazar se veut un foyer où convergent tous les "points de vue" (c'est le sens de "Weghat Nazar" en arabe).