mardi 13 octobre 2009
La Turquie ferme son ciel à Israël.
Marc Henry à Jérusalem
Ankara, allié stratégique de l'État hébreu, continue à dénoncer l'offensive contre Gaza.
Israël vient d'encaisser un très sérieux coup dur diplomatique.
La Turquie, seul pays musulman lié par un accord de coopération militaire à l'État hébreu, a mis son veto à la participation de l'aviation israélienne à des manœuvres qui devaient avoir lieu cette semaine dans son espace aérien. Aussitôt, les États-Unis et d'autres pays de l'Otan, tel que l'Italie, ont annoncé qu'ils renonçaient à prendre part à l'exercice en signe de solidarité avec Israël. Ankara a expliqué que cette décision avait été prise pour dénoncer l'opération menée au début de l'année par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, qui a fait, selon les Palestiniens, plus de 1 400 morts. Les rapports entre les deux pays se sont tendus depuis cette époque, le gouvernement turc émettant des critiques de plus en plus vives.
Pour les responsables israéliens, cette initiative a tout d'une sonnette d'alarme. Jusqu'à présent, la Turquie était en effet considérée comme un allié stratégique de toute première importance. Pendant des années, les pilotes israéliens se sont régulièrement entraînés dans les cieux turcs. Ces exercices avaient notamment eu lieu près des frontières de l'Iran et de la Syrie, considérés comme les plus hostiles à l'État hébreu. Certains d'entre eux constituaient des simulations d'attaques contre des systèmes de défense antiaériens, comme ceux qui protègent les installations nucléaires iraniennes, ou des exercices de ravitaillement en plein vol pour des missions «à longue distance». À ce tableau, il faut ajouter des échanges entre services de renseignements et d'importantes ventes d'armes israéliennes à la Turquie.
Changement des règles
Mais ces relations privilégiées se sont toutefois «lézardées». Ces derniers mois, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre et chef d'un parti islamiste, a durci le ton. Mais tant que la coopération militaire n'était pas touchée, les Israéliens n'en prenaient pas ombrage. L'annulation de la participation d'Israël à des manœuvres semble en revanche marquer un changement des règles du jeu. Apparemment, selon les médias israéliens, l'armée turque, qui disposait d'une certaine autonomie dans ses relations avec Israël, a dû bon gré mal gré s'aligner sur le gouvernement.
Seule certitude en tout cas : la menace d'une crise aiguë avec la Turquie inquiète au plus haut point les responsables israéliens au moment où une neutralité «bienveillante» d'Ankara serait la bienvenue dans l'épreuve de force engagée avec l'Iran. Conscients des risques de perdre cet «atout stratégique», les responsables israéliens, tel Danny Ayalon, le vice-ministre des Affaires étrangères, ont tenté lundi de minimiser la gravité du conflit en expliquant que des bonnes relations avec Israël servaient aussi les intérêts de la Turquie et de l'Otan.
Mais ces propos rassurants cachent mal une profonde inquiétude. Israël se retrouve de plus en plus isolé dans la région. Les relations avec l'Égypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes entretenant des relations diplomatiques avec l'État hébreu, se sont très nettement refroidies. Barack Obama, malgré tous ses efforts, n'est pas parvenu à convaincre des pays du Golfe d'accepter de faire le moindre geste envers Israël. Sur le front palestinien, George Mitchell, l'émissaire spécial américain, est reparti au début de la semaine les mains vides. Bref, pour le moment aucune embellie n'est en vue…
Netanyahu: Israël refuse que ses citoyens soient jugés pour crimes de guerre.
JERUSALEM — Israël refuse que ses citoyens soient traduits en justice pour crimes de guerre à la suite de l'offensive israélienne contre la bande de Gaza, a affirmé lundi le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Ouvrant la nouvelle session parlementaire à Jérusalem, M. Netanyahu a vivement critiqué le rapport de l'ONU accusant Israël et les islamistes palestiniens du Hamas de "crimes de guerre" à Gaza en décembre-janvier, estimant que ce document controversé était un obstacle au processus de paix.
Le rapport Goldstone, du nom du juge qui a présidé la commission d'enquête de l'ONU sur la guerre de Gaza, recommande une saisine de la Cour pénale internationale (CPI) si Israël ne conduit pas d'ici six mois une enquête "de bonne foi" sur les allégations de crimes de guerre.
Dans ce cas, la CPI pourrait vouloir juger des dirigeants politiques ou des hiérarques militaires israéliens impliqués dans l'offensive et émettre à cette fin des mandats d'arrêts internationaux.
"Nous ne permettrons pas que (l'ancien Premier ministre) Ehud Olmert, (le ministre de la Défense) Ehud Barak et (l'ex-ministre des Affaires étrangères) Tzipi Livni, qui ont dépêché nos soldats pour défendre nos villes et concitoyens, se retrouvent sur le banc des accusés à La Haye" où siège la CPI, a dit M. Netanyahu.
"Nous ne permettrons pas que des gradés et des soldats de Tsahal se fassent traiter de criminels de guerre après avoir défendu les citoyens d'Israël avec courage et honneur contre un ennemi cruel", a-t-il plaidé.
Fin septembre, des militants pro-palestiniens avait réclamé devant un tribunal britannique --en vain-- l'arrestation du ministre israélien de la Défense Ehud Barak en visite à Londres.
Le rapport du juge sud-africain Richard Goldstone doit être évoqué mercredi au Conseil de sécurité de l'ONU dans le cadre d'un débat général sur la situation au Proche-Orient.
"Ce document dévoyé (...) écrit par une commission (de l'ONU) dévoyée sabote le droit d'Israël à l'auto-défense. Ce rapport encourage le terrorisme et met en péril la paix", a répété le Premier ministre israélien.
L'offensive de l'armée israélienne contre la bande de Gaza, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, a dévasté ce territoire palestinien contrôlé par les islamistes du Hamas et fait plus de 1.400 morts palestiniens, selon des sources médicales palestiniennes.
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