mercredi 17 juin 2009

Extraits n°4 : Sarkozy vs. l'Iran

Deux ans plus tard, en septembre 2006, Sarkozy, redevenu ministre de l’Intérieur, cette fois dans le gouvernement de Villepin (il avait déjà occupé ce poste entre 2002 et 2004), refit un voyage en Amérique, sans aucune mission officielle. Il en profita pour renouer avec le très pro-israélien Michael Bloomberg, maire de New York. Il rencontra aussi, à huis clos, dans les salles du consulat français, les représentants des grandes organisations sionistes américaines avec lesquelles il s’empressa de discuter de politique étrangère. Bien que ce ne fût pas dans ses attributions, il s’étendit sur le rôle de la France au Proche-Orient et sur la façon dont il voyait l’avenir dans cette région, c’est-à-dire aux couleurs blanc et bleu d’Israël. Il tenta toutefois de préserver le « secret » sur les propos qu’il tint à cette occasion, sachant qu’ils risquaient d’être utilisés à mauvais escient par ses adversaires. Le caractère confidentiel de la rencontre fut confirmé par le New York Times : « Lors d’une réunion privée avec plus d’une douzaine de dirigeants juifs qui s’est tenue ce lundi, [Sarkozy] a affirmé que la France n’aurait pas dû attendre si longtemps avant d’engager des troupes au Liban et s’est démarqué de M. Chirac en critiquant le Hezbollah qu’il a qualifié d’organisation “ terroriste ”, ce qu’a révélé un des participants de manière anonyme car il lui est interdit de dévoiler ce qui s’est passé pendant la rencontre », pouvait-on y lire.
Grâce aux indiscrétions d’un autre quotidien newyorkais, le New York Sun, on apprit que Sarkozy déclara également devant ces organisations : « Je suis l’ami de l’Amérique, je suis l’ami d’Israël ». À propos de l’Iran, il affirma à son auditoire ultra-restreint que ce pays posséderait des armes nucléaires « dans les deux à trois ans » ; selon lui, « la seule réponse possible, c’est la fermeté. Nous devons envisager toutes les options possibles et ne pas nous lier les mains en nous limitant à une seule stratégie. Il faut nous abstenir de prévenir l’Iran des éventuelles actions du monde occidental ». Sarkozy promit à ses interlocuteurs que le dossier iranien serait sa « première priorité » s’il était élu président. « Je ne peux accepter un chef d’État qui dit vouloir rayer Israël de la carte », avait-il ajouté, comme si la question était à l’ordre du jour. Pour lui, Israël devrait être « plus proactif », car « quand on est petit, il faut être rapide » ajoutait-il, faisant sans doute allusion à sa propre petite taille et à l’énergie bouillonnante qui s’en dégageait.
Tout le gratin du lobbyisme pro-israélien américain était présent à cette réunion : Harold Tanner, président de la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations24, Jack Rosen, président de l’AJC, ainsi que divers officiels de cet organisme, de l’United Jewish Appeal et de l’Anti-Defamation League, l’équivalent américain de la LICRA. Tous furent époustouflés par son discours. Pour David Twersky, de l’AJC, c’était « la première fois qu’un des principaux candidats à l’Elysée entretient publiquement de telles relations avec la communauté juive américaine ». Sarkozy avait convaincu. Il s’était déplacé dans cette intention.